samedi 5 décembre 2015

La douleur... et après?

Marc Chagall, "Souffrance de Jérémie"

Remarque : Cet article est probablement le plus personnel que je publierai jamais, mais je vous rassure, je ne veux pas m’épancher sur mes déconvenues. Cependant, en ouvrant ce blog, je me suis engagée à témoigner de ma foi, interrogée par ma raison... et par mon parcours de vie. Ma démarche, ici, consiste davantage à ouvrir des questionnements qui touchent de nombreuses personnes, sans doute plus intensément et plus violemment que je n’aurai jamais à le vivre.

Ces derniers mois, alors que j’avais promis d’écrire encore quelques articles sur mes études de théologie, j’ai été stoppée. Brutalement. Et hélas ! pas seulement dans mes activités de blogueuse du dimanche.
A la fin du printemps, j’ai été atteinte d’un mal généralement assez ennuyeux : une hernie discale. Beaucoup de gens en souffrent au moins une fois dans leur vie, c’est presque toujours bénin et on n’en meurt pas. Forte de ces idées, je me suis résignée à traverser la maladie lorsqu’elle s’est déclarée – c’était en outre la deuxième fois que cette hernie faisait des siennes et j’avais supporté la première salve sans trop de peine. Mais la douleur a été plus importante et plus handicapante que je ne l’avais imaginé. Les analgésiques ne m’aidaient pas toujours, aucune position ne me soulageait, bref, je ne pouvais pas vraiment y échapper : j’avais mal, très mal, de jour comme de nuit. Après plusieurs semaines et une amélioration, j’ai connu une récidive, plus violente encore. Et le bal a commencé : IRM, rapport radiologique plein de superlatifs, inquiétude du médecin, doses massives de médicaments agressifs qui me mettent à genoux, repos forcé, traitements ciblés au centre d’antalgie du CHUV... Malgré tout cela, la douleur revient toujours. Six longs mois et quelques frayeurs plus tard, je me prépare à me faire opérer, à l’âge de vingt-quatre ans, d’une grave hernie discale lombaire qui m’aura proprement pourri la vie.
Comme je le disais, d’autres sont bien plus à plaindre que moi. Lorsque mes ennuis ont commencé, j’étais aumônier stagiaire au CHUV, où j’ai rencontré de nombreuses personnes hospitalisées parfois depuis longtemps, souffrantes, souvent anxieuses. Certaines d’entre elles étaient en fin de vie. Peu après que j’ai mis fin au stage prématurément, ne pouvant plus travailler, un de mes proches est décédé dans ce même hôpital d’une brève mais pénible maladie.

Si je dois admettre que je m’en serais volontiers passée, cette histoire m’a au moins permis de comprendre, assez modestement et sur une courte durée, ce que signifient la souffrance, l’impuissance et l’angoisse. Si seulement cela m’était arrivé à un autre moment ! Mais il a fallu que je m’effondre alors même que je finissais mes études, et que j’envisageais d’entamer une vie professionnelle qui semblait enfin s’arranger pour le mieux. Au seuil de ma vie d’adulte, j’ai vu mon corps m’empêcher de mener à bien mes projets. Une faiblesse insupportable m’a mise en échec. Puis tant d’incertitudes en ont découlé : Comment dois-je comprendre cette casse, sachant que l’on souffre souvent du dos lorsque l’on en a, justement, « plein le dos » ? Qu’y a-t-il à repenser dans ma vie ? Suis-je à ce point vulnérable ? Et que vais-je faire, maintenant ?


L’avenir viendra bien assez tôt. Pour l’instant, je peux tenter de faire de la théologie à partir de ce que j’ai vécu, pensé, lu et médité. Quatre messages sont écrits. Vous les trouverez ici pour ce temps de l’Avent. Plus qu’une réponse à ma propre situation, ces textes sont un témoignage de tendresse pour tous ceux que j’ai côtoyés ces derniers temps et qui m’ont tant marqué, par la manière dont ils portent le fardeau qui leur pèse, et parce qu’ils donnent à l’humanité une autre dimension.

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