mercredi 24 décembre 2014

Noël qui rassemble

Comme la musique transmet l'essentiel bien mieux que les mots, voici celle d'un culte luthérien du matin de Noël, telle qu'il aurait pu être célébré en 1620. Cette pièce me touche par sa beauté et la joie très baroque qu'elle transmet. Le compositeur, Praetorius, a également arrangé des morceaux très anciens, datant Moyen-Âge, et beaucoup d'entre eux sont encore chantés dans nos temples et nos églises. La fête de Noël a gardé un esprit qui rassemble à travers les âges, mais aussi malgré les frontières géographiques et confessionnelles. Le plus admirable dans tout ça, c'est qu'il ne s'agit pas d'un beau discours ou d'une chimère : c'est une réalité. 
Joyeux Noël!


Voyez!

Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez! (Luc 10,23)

Certes, Jésus dit à Thomas « Heureux ceux qui croiront sans avoir vu ! », mais n’invite-t-il pas aussi ses disciples à être des lampes pour éclairer toute la maison ? Ne dit-il pas de leurs œuvres que c’est grâce à elles que les autres hommes rendront gloire au Père ?
Il est évident que nous avons besoin de voir. Pareils à des nourrissons découvrant le monde, nous assimilons les réalités alentour en prenant connaissance des images. Nous croyons qu’elles existent parce que nous les voyons. Sans la possibilité d’appréhender le monde et de s’y fier, seuls subsistent le néant et l’obscurité.
Il en va de même avec la longue relation d’amour entre Dieu et les humains : il s’est rendu visible à nos yeux en prenant chair, afin que notre espérance puisse s’ancrer solidement dans l’histoire. Et aujourd’hui encore, Dieu se laisse toujours entrevoir par des signes, que pour d’autres nous sommes parfois nous-mêmes. Les petites lumières existent, discrètes, au bord du chemin : il s’agit pour nous de regarder mieux pour les laisser nous éclairer.

lundi 22 décembre 2014

Ange

L’ange leur dit : Ne craignez pas ! Car je viens vous annoncer une bonne nouvelle… (Luc 2,10)

C’est le messager, l’heureux messager, l’attendu, le bienvenu. L’ange n’est point vieux, l’ange n’est point savant. Simplement, il vient annoncer des temps nouveaux. L’ange ne juge point, l’ange ne pardonne point ; il donne avec bonheur. Ce qu’il apporte n’est pas une preuve, c’est une nouvelle. « Ce n’est pas ainsi, dit-il aussi simplement que s’il rajustait votre chevelure. Vous n’êtes pas damné, vous n’êtes pas triste, vous n’êtes pas inutile, vous n’êtes pas sans courage. Je vous le dis parce que je le sais et, vous, vous êtes mal informé. » L’ange ne discute pas…

Alain (Définitions)

dimanche 21 décembre 2014

Quatrième dimanche de l'Avent

Rembrandt "Annonciation"

Le roi David dit au prophète Nathan: «Vois donc! J’habite dans une maison en cèdre, tandis que l’arche de Dieu est installée au milieu d’une tente.» Nathan répondit au roi: «Vas-y, fais tout ce que tu as dans le cœur, car l’Eternel est avec toi.» La nuit suivante, la parole de l’Eternel fut adressée à Nathan: «Va annoncer à mon serviteur David: ‘Voici ce que dit l’Eternel: Est-ce à toi de me construire une maison pour que j’y habite ? L’Eternel t’annonce qu’il va te faire lui-même une maison : quand ta vie prendra fin et que tu seras couché avec tes ancêtres, je ferai surgir après toi ton descendant, celui qui sera issu de toi, et j’affermirai son règne.’ » (2 Samuel 7,2-5.11-12)

Le sixième mois, l’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, chez une vierge fiancée à un homme de la famille de David, appelé Joseph. Le nom de la vierge était Marie. L’ange entra chez elle et dit: «Je te salue, toi à qui une grâce a été faite, le Seigneur est avec toi. Tu es bénie parmi les femmes.» Troublée par cette parole, Marie se demandait ce que pouvait signifier une telle salutation. L’ange lui dit: «N’aie pas peur, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. Voici que tu seras enceinte. Tu mettras au monde un fils et tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand et sera appelé Fils du Très-haut, et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son ancêtre. Il régnera sur la famille de Jacob éternellement, son règne n’aura pas de fin.»  (Luc 1,26-33)

Décidément, la logique de Dieu est décoiffante.
A l’apogée de son règne et après avoir triomphé de tous ses ennemis, David veut simplement montrer sa gratitude : construire une maison à Dieu, un superbe temple fonctionnel et cosy, cela s’appelle lui rendre un sacré service, n’est-ce pas ? Et puis il faut bien admettre aussi qu’adorer un Dieu sans domicile fixe ne fait pas très sérieux vis-à-vis des royaumes voisins. Sans compter qu’il est toujours utile de loger Dieu dans un lieu suffisamment proche où il restera à coup sûr : on n’est jamais trop prudent!
Mais non. Dieu explique patiemment au roi, par l’intermédiaire du prophète Nathan, que ce n’est pas à l’homme de faire des projets pour Dieu, et que les maisons de pierres ne l’intéressent pas. Il promet de construire lui-même une « maison », qui signifie aussi « dynastie » en langue hébraïque : le descendant de David règnera après lui pour toujours. Sauf que... l’histoire n’a pas vraiment donné suite à cette promesse : la dynastie se disloque, le royaume est envahi, le Temple est détruit une fois et, plusieurs siècles plus tard, le peuple attend encore ce Fils de David qui tarde quelque peu à se montrer. 

C’est à ce moment là qu’une jeune fille nommée Marie reçoit une visite inattendue. Marie, pour dire les choses brièvement, n’est pas une personne importante. Femme modeste, même pas encore mariée, elle n’a ni pouvoir, ni argent, ni expérience à faire valoir. Et voilà qu’un ange vient lui annoncer que c’est elle qui mettra au monde l’héritier du trône de David, alors que cette prophétie, proclamée des siècles auparavant, a été jusque là démentie. Et ce en dépit des efforts des puissants rois davidiques !

Vraiment, la logique de Dieu n’est pas la nôtre.
En refusant le Temple que lui offre David, Dieu rappelle que son œuvre à lui, depuis des générations, est faite de pierre vivantes et non de de briques. Les civilisations successives montrent, en laissant leur ruines derrière elles, que rien n’est jamais éternel : les édifices les plus spectaculaires finissent tous un jour par s’écrouler, et par ne refléter plus qu’une gloire passée. Plutôt qu’avec des cailloux, Dieu préfère construire grâce à l’homme vivant et à sa fidélité. D’ailleurs, il se moque bien du spectaculaire : quand il veut accomplir sa promesse et affirmer sa présence dans notre histoire, ce n’est pas le Temple de Jérusalem qu’il choisit, mais les entrailles d’une humble servante.
Il revient à nous autres chrétiens de devenir, à notre tour, des pierres vivantes du grand édifice qu’est la maison de Dieu : comme David et Nathan, comprendre qu’en dehors de la relation passionnelle et obstinée de Dieu avec les siens, tout est secondaire ; comme Marie, oser dire oui à la naissance de Dieu en nous.

samedi 20 décembre 2014

La lumière est venue... et elle continue de venir

La lumière est venue chez les siens, et les siens ne l'ont pas accueillie. Mais à tous ceux qui l'ont acceptée, à ceux qui croient en son nom, elle a donné le droit de devenir enfant de Dieu. (Jean 1,11-12)

Saint Jean écrit : "La lumière est venue chez les siens..." Ces mots sont bouleversants. Ils veulent dire que la lumière suprême, celle qui contient toutes les réponses, celle qui vibre de toutes les beautés et qui éclate de l'Amour parfait – cette lumière a posé le doigt sur notre épaule. 
La lumière st venue chez les siens ; et elle continue de venir. C'est le temps de l'Avent. Temps où chaque lumière, chaque flamme, chaque déchirure de l'ombre nous fait signe. C'est le temps où le soleil levant lui-même s'habille d'un sens nouveau.
Et ce qu'il y a d'extraordinaire avec le soleil, c'est qu'il a toujours l'air de briller tout exprès pour celui qui le regarde ; c'est que chacun, où qu'il soit sur la terre, a l'impression de se trouver au coeur de ses rayons. 
C'est l'image éclatante de l'Amour qui, couvrant tous les hommes, met chacun personnellement au centre de la Lumière de Dieu. 

Philippe Zeissig (Une minute pour chaque jour. Volume 1, Le Mont-sur-Lausanne, Ouverture, pp. 24-25)

Une âme d'enfant

Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre, parce que tu as caché ces choses aux sages et aux gens intelligents, et tu les as révélées aux tout-petits. (Luc 10,21)

"Comme c'est injuste!" serait-on tenté de dire. Dieu exclurait-il les intellos de sa révélation? C'était bien la peine de faire des études, tiens! Quelle idée de disqualifier la connaissance et la sagesse d'une telle manière...
Mais n'est-ce pas plutôt parce qu'il ne peut pas que Dieu ne leur raconte pas ses secrets? Quand on a l'esprit claquemuré, on n'entend pas, car on sait ; et quand on pense détenir la sagesse, on ne discute pas pour apprendre, mais pour convaincre.
Voyez les enfants à l'approche de Noël : beaucoup d'entre eux se réjouissent de cette fête. Ils n'ont pas besoin de savoir beaucoup pour la comprendre : elle leur parle d'une présence, celle d'un Dieu qui, en plus, s'est fait tout petit comme eux. Cette présence est le cadeau promis aussi à tous ceux qui ont su garder une âme d'enfant.

jeudi 18 décembre 2014

Un Esprit qui féconde

Te voici stérile, sans enfants. Tu deviendras enceinte et tu mettras au monde un fils. (Juges 3,3)

En dehors de l’histoire de Noël, il existe dans la Bible d'autres récits de naissances inespérées, appelées à transformer le cours de l’histoire. Ils se ressemblent entre eux : incapacité de la mère à procréer, annonce par un ange, mission de l’enfant à venir… Tous ces éléments servent à montrer l’importance d’un personnage. Ainsi en va-t-il de Samson, qui compte parmi les plus populaires des héros envoyés par Dieu : il est un « juge » (chef tribal) qui amènera son peuple éclaté à triompher des philistins.
La stérilité de la mère de Samson ne doit pas être sous-estimée. Une femme stérile, dans la société israélite antique, avait raté sa vie aux yeux de tous… et à ses propres yeux également : elle n’était pas capable d’accomplir la seule chose qui était attendue d’elle, sa raison d’être !  Mais ici, Dieu en fait le berceau du salut du peuple.
Il en va de même pour d’autres formes de stérilité. Dans le cœur le plus desséché, dans les situations les plus désespérées, l’Esprit féconde. Et il n’y a pas besoin de récit de naissance miraculeuse pour constater qu’aujourd’hui, en dépit de tout, des prophètes et des justes se lèvent. En serons-nous?

mercredi 17 décembre 2014

Un Dieu passionné

Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique. Jean 3,16

Avez-vous remarqué que l’Histoire humaine n’est rien d’autre que la longue course de Dieu à la recherche des vivants pour se lier d’amour ? Parfois les hommes ont deviné la démarche de Dieu et ont tenté d’y répondre. Régulièrement même, certains, par leurs paroles et leurs actions, éveillaient la conscience de leurs frères aux signes de Dieu.
Mais la plupart du temps, les hommes ne comprennent pas. Ils veulent bien se tourner vers Dieu. Mais où donc se cache-t-il ? Ou alors l’hésitation les prend devant ce Dieu passionné. Un Dieu passionné ? A la limite mieux vaudrait un Dieu tout-puissant : il suffirait de se mettre à genoux devant Lui ! Mais un Dieu passionné ! Un Dieu passionné vous emmène à travers les portes étroites et vous entraîne sur des chemins rocailleux où l’on s’écorche. Il vaut mieux s’écarter de Lui, le fréquenter de loin… seulement !
D’où vient donc en nous cette étrange attitude qui consiste à se méfier de l’amour, à passer à côté des signaux qu’on nous adresse et des tentatives d’amour ? Peut-être sommes-nous aveugles ? Mais Dieu ne se lasse pas. Jamais. Il est vrai que l’amour ne s’estime jamais vaincu !

Charles Singer

mardi 16 décembre 2014

Then woe is me, poor child, for thee


On a entendu des cris à Rama, des pleurs et des grandes lamentations : c’est Rachel qui pleure ses enfants et n’a pas voulu être consolée, car ils ne sont plus là. (Matthieu 2,18)

L'histoire de Noël n'est pas exactement rose bonbon. L'évangile de Matthieu raconte l'épisode du massacre des innocents perpétré par Hérode, jaloux du Roi des rois dont les mages lui ont parlé, voulant éliminer à coup sûr ce rival en faisant périr tous les nouveaux-nés de son royaume. 
On doit se demander s'il n'est pas indécent de proclamer la joie face au mal absolu : et en l'occurrence, trouve-t-on pire que l'extermination brutale de milliers d'enfants? La foi chrétienne ose affirmer que c'est justement dans les drames que la joie trouve sa raison d'être. La Bonne Nouvelle n'a de sens que quand elle sèche les larmes de ceux qui l'entendent, et la joie ne se transmet que par la compassion.

Ci-dessous, un chant qui faisait partie des mystères (pièce de théâtre médiévale qui raconte la nativité) de Coventry, en Angleterre. Il est la plainte d'une mère pour son enfant qu'elle sait condamné par la folie meurtrière d'Hérode. 


(Edit : J'avais posté cette fenêtre avant de prendre connaissance de la tuerie dans une école du Pakistan. Atroce actualité du massacre des innocents, qui rappelle la difficulté d'espérer et de faire fructifier cette espérance. En prière pour les victimes et leurs familles.)

lundi 15 décembre 2014

Les derniers sont les premiers

Jésus dit : « Je vous le dis, en vérité, les collecteurs d’impôts et les prostituées vous précéderont dans le royaume de Dieu. » (Matthieu 21,31)

Il est souvent rappelé dans les temples et les églises que Jésus s’adressait d’abord aux exclus de la société, les mendiants, les publicains malhonnêtes, les mauvais croyants, les femmes au comportement déviant, bref, ceux qu’on jugeait indignes… et ainsi ceux qui se jugeaient indignes.
Pourtant, qui aujourd’hui revaloriserait les prostituées qui se cachent, les roms qui mendient dans les rues, les assassins et les voleurs en prison, les toxicomanes et les marginaux traînant sur les places publiques ? Tant de gens vivent dans une logique très dure de rétribution des actions : « ils ne font rien de constructif », « ils font quelque chose de mal »… Plus qu’une éventuelle sanction, parfaitement légitime dans certaines situations au regard du bon fonctionnement de la société, certains comportements justifient souvent une exclusion définitive.
Jésus, lui, parle d’un Dieu qui n’accueille pas en fonction des performances. Si il devait y avoir un ordre, non pas d’importance mais d’urgence, il commencerait par ceux qui se sentent insignifiants et pervertis, ceux qui attendent la main tendue qui leur permettrait de se relever de leur chute. En premier, on trouve ceux qui croient à la Parole leur disant que le Royaume est ouvert à tous avec la même tendresse.

dimanche 14 décembre 2014

Troisième dimanche de l'Avent

"Saint Jean-Baptiste", Léonard de Vinci
L’Esprit du Seigneur, de l’Eternel, est sur moi parce que l’Eternel m’a consacré par onction pour annoncer de bonnes nouvelles aux pauvres; il m’a envoyé pour guérir ceux qui ont le cœur brisé, pour proclamer aux déportés la liberté et aux prisonniers la délivrance,  pour proclamer une année de grâce de l’Eternel et un jour de vengeance de notre Dieu, pour consoler tous ceux qui sont dans le deuil, Je me réjouirai en l’Eternel, tout mon être tressaillira d’allégresse à cause de mon Dieu, car il m’a habillé avec les vêtements du salut, il m’a couvert du manteau de la justice. Je suis pareil au jeune marié qui, tel un prêtre, se coiffe d’un turban splendide, à la jeune mariée qui se pare de ses bijoux. En effet, tout comme la terre fait sortir son germe, tout comme un jardin fait pousser ses semences, le Seigneur, l’Eternel, fera pousser la justice et la louange devant toutes les nations.
(Esaïe 61,1-2.10-11)

Soyez toujours joyeux. Priez sans cesse, exprimez votre reconnaissance en toute circonstance, car c’est la volonté de Dieu pour vous en Jésus-Christ. N’éteignez pas les prophéties, mais examinez tout et retenez ce qui est bon.
(Première épître aux Thessaloniciens 5,16-21)

On est en droit de s’agacer contre la surenchère frénétique et clignotante qui caractérise la période de l’Avent. Mais il faut bien admettre que toutes ces lumières et cette effervescence ont le mérite de rappeler à notre inconscient que le christianisme est une religion joyeuse. Il est donc tout à fait adéquat d’avoir consacré le troisième dimanche de l’Avent (dit Gaudete) à la joie. Les textes du jour correspondent d'ailleurs aux circonstances : on y parle de joie à profusion. Mais la joie, au fait, c’est quoi ? Se résume-t-elle à l’état d’esprit passager que l’on ressent lorsqu’on trouve un iPad sous le sapin, ou lors d’une soirée entre amis, ou encore à la satisfaction d’avoir réglé tous ses problèmes ? Question rhétorique, évidemment : les textes bibliques, à leur manière toujours, nous enseignent autre chose.

Le texte d’Esaïe, par exemple. Au moment du retour à Jérusalem, après un temps d’exil à Babylone, les israélites se retrouvent dans une situation passablement catastrophique. Une crise économique et sociale a pour conséquences une pauvreté croissante, l’emprisonnement des endettés, et surtout l’amère déception d’à peu près tout le peuple : à quoi bon retrouver le pays qui est le nôtre pour faire face à cette interminable série de malheurs ? C’est à ce moment-là que le prophète décrète une « année de grâce », c’est-à-dire une année sabbatique (qui avait lieu tous les sept ans) ou jubilaire (tous les quarante-neuf ans). Attention, il ne promet pas là des vacances prolongées pour tout le monde : bien mieux, il s’agit pour Israël de remettre les compteurs à zéro. On libère les esclaves, on remet les dettes et on pardonne. C’est cette perspective qui réjouit tant le prophète, qui « tressaillit de joie » : il a confiance en l’action prochaine de son Dieu, qui rétablira la justice aussi sûr que le germe sort de terre au printemps.

L’épître de Paul citée ci-dessus offre un écho à la prophétie d’Esaïe. En réponse aux nombreuses questions des thessaloniciens sur l’avènement du « jour du Seigneur », l’apôtre leur adresse cette lettre chaleureuse, considérée comme le plus ancien écrit du Nouveau Testament. Juste avant de conclure, il écrit ces trois phrases lapidaires qui font part belle à la joie, exprimée à Dieu par la prière et aux autres hommes par les « bonnes » prophéties. Comme chez Esaïe, cette joie qui l’habite et qu’il voudrait tant voir animer tous les croyants naît de la perspective toute proche de voir s’ouvrir enfin une ère de justice pour tous les humains.

Pendant des siècles, les Eglises chrétiennes se sont faites les messagères de la joie annoncée par les fondateurs de leur foi… Avec plus ou moins de succès. Et aujourd’hui ? Est-ce indécent de crier notre joie ? Et de quoi nous réjouirions-nous, concrètement ?
La foi chrétienne témoigne d’un Dieu incarné, crucifié, et ressuscité. Ce Dieu-là a montré, par Jésus-Christ, qu’il espérait pour les humains un autre destin que celui du désespoir. La joie ne ressemble ni à un euphorisant, ni à un sédatif : elle n’est pas un mensonge ou une dénégation des souffrances bien réelles qui continuent à gangréner notre monde. Bien au contraire : elle y répond, comme dans le livre d’Esaïe, comme dans la lettre aux Thessaloniciens. Portée par l’espérance qu’il n’existe pas de fatalité dans la réalité du mal, la joie s’oppose fermement aux discours pessimistes et proclame malgré tout la possibilité d’une justice. La foi chrétienne est joyeuse, car comme le dit si bien Philippe Zeissig « on y parle de péché, c’est vrai, mais c’est pour dire qu’il est ôté. On y parle de jugement, c’est vrai : mais c’est pour dire qu’il est anéanti. On y parle de la mort, mais c’est pour dire que si elle aussi parle, et tout le temps, et très fort, le dernier mot lui a été enlevé. »

samedi 13 décembre 2014

Ô vous qui dans l'obscurité

J'ai dit : "Au moins que les ténèbres m'engloutissent, que la lumière autour de moi soit nuit!" Même les ténèbres ne sont pas ténébreuses pour toi, et la nuit devient lumineuse comme le jour : les ténèbres sont comme la lumière! (Psaume 139,11-12)

Voici un peu de belle musique pour préparer le troisième dimanche. Il s'agit d'un chant traditionnel de l'Avent, ici dans la version de la communauté de Taizé. 

Ô vous qui dans l'obscurité
Cherchez le Dieu de vérité
Levez les yeux vers le ciel noir
Il est pour nous un saint espoir
Le grand miracle s'accomplit
Dieu s'est penché sur notre nuit
Voici, divin bonheur,
Jésus le rédempteur!



vendredi 12 décembre 2014

Toit en tuile, toit en terrasse

Comme ils n'avaient pas trouvé moyen de l'introduire à cause de la foule, ils montèrent sur le toit, et, à travers une ouverture dans les tuiles, ils le descendirent sur sa civière au milieu de l'assemblée, devant Jésus. (Luc 5,19)

En racontant l'épisode de la guérison du paralytique, les évangélistes saisissent l'occasion de montrer au lecteur attentif un de leurs talents souvent oublié : celui de l'adaptation.
Luc fait mention dans son récit d'un toit en tuile ; dans le sien, Marc parle d'un toit en terrasse. Le premier se réfère aux maisons gréco-romaines, là où le second songe aux habitations traditionnelles de la province de Palestine. Ce détail paraîtra sans doute trivial, cependant les évangélistes utilisent des éléments de leur quotidien pour faire passer un message. Ils s'adaptent à leur contexte et à leurs auditeurs. 
Ainsi, Dieu dans le Nouveau Testament se dit avec les mots et les objets du premier siècle. Et nous, comment nous adapterons-nous pour parler de notre foi à nos contemporains?

jeudi 11 décembre 2014

Le Verbe qui bégaie

Il a paru comme un simple homme et il s’est abaissé lui-même. (Epître aux Philippiens 2,8)

Je jette les yeux sur la conception et sur l’enfantement du Sauveur et je me demande si peut-être, au milieu des nouveautés et des merveilles sans nombres que découvre celui qui considère toute chose attentivement, je n’apercevrai point aussi celle dont me parle le prophète. Or, que vois-je là ? La longueur qui s’est rétrécie, la hauteur qui s’est abaissée et la profondeur qui s’est nivelée. Je vois une lumière qui ne luit plus, le Verbe qui bégaie, l’eau qui a soif et le pain qui a faim.

Bernard de Clairvaux

mercredi 10 décembre 2014

L'homme debout

Jésus prit par la main l’enfant muet qui était comme mort, il le fit lever, et il se tint debout. (Marc 9,27)

N’en déplaise à certains courants de pensée, âme et corps sont indissociables, et ensemble ils font la réalité de l’homme. Un corps sans âme n’est pas un être humain, une âme sans corps n’est pas un être vivant. Loin de l’entraver, le corps personnifie et trace les contours de l’âme.
Quand Jésus parle, il parle à l’homme tout entier. Il relève les oubliés taiseux, et quand il guérit un corps, c’est toute l’intégrité d’une personne qu’il restaure au sein de la société. Quand Jésus parle, il parle fort, il parle haut, il parle debout. Car la Parole de Dieu a ceci d’extraordinaire qu’elle relève.
Au contraire de celui qui, abattu par le péché, est laissé à terre et bâillonné, l’homme réconcilié peut parler, puisqu’il est un homme debout.

mardi 9 décembre 2014

Le chemin était tout tracé...

 Resserré est le chemin qui mène à la vie, et peu nombreux ceux qui le trouvent. (Matthieu 7,14)

A l’instar de nos routes si bien balisées et sécurisées, nous nous plaisons à voir nos vies comme un chemin net, propre, pourvu d’une signalisation claire – et offrant si possible aux promeneurs que nous sommes un certain confort et un beau panorama.
Mais les saisons passent, et le chemin s’efface avec les intempéries. La végétation foisonne, le paysage se modifie et, peu à peu, les points de repère disparaissent sans même que nous y ayons prêté attention, jusqu’à ce que nous nous trouvions perdus et indécis quant à la direction à suivre. Où est-il, le chemin solidement taillé ?
Quiconque a déjà marché en montagne sait qu’il existe des sentiers que l’on ne voit, de loin, que grâce à quelqu’un qui y marche : qui donc avancera devant moi sur le chemin de l’espérance, celui qui ne disparaîtra pas, pour que je voie qu’il y en a un ?

lundi 8 décembre 2014

Et si le soleil... revenait?

Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière, sur ceux qui habitaient le pays de l’ombre de la mort, une lumière a brillé. (Esaïe 9,1)

Noël est depuis longtemps lié aux fêtes très anciennes dites du « soleil invaincu », qui se déroulaient autour du solstice d'hiver. Beaucoup de peuples, en effet, attendaient avec une impatience inquiète le retour de la lumière après les longues nuits froides et obscures de l’hiver.
L’Avent, c’est aussi cela : au diapason du mouvement qui s’amorce, celui du jour, les hommes connaissent un éveil. En amont de Noël, l’Avent est déjà une naissance : celle de la certitude qu’après l’hiver et les ténèbres reviendra la vie. 
Au-delà de l’attente, l’Avent est un temps de mise en route et d’espérance.

dimanche 7 décembre 2014

Deuxième dimanche de l'Avent


Commencement de l’Evangile de Jésus-Christ, Fils de Dieu. Ainsi qu’il est écrit dans le livre du prophète Esaïe : ‘Voici, j’envoie mon messager devant toi pour te préparer le chemin. Une voix crie dans le désert : préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers’. (Marc 1,1-3)

L’Avent marque le début d’une nouvelle année liturgique chrétienne. C’est un commencement, en quelque sorte. Voilà pour la théorie. En pratique, nous sommes cette année au milieu du 2’000ème Avent de l’histoire (oui, bon, à peu près…), le dernier en date était il y a moins d’un an (soit avant-hier) et le prochain sera aussi dans environ une année (soit après-demain). Alors pour ne pas voir qu’un simple recommencement dans cette période que nous traversons aussi souvent, il faut être très fort, le champion du monde de l’imagination. D’autant que les semaines qui précèdent Noël ressemblent en général à une course effrénée contre le temps, et qu’au terme de celles-ci, on se sent bien plus au bout du rouleau qu’au début d’une aventure…

L’Evangile de Marc est un évangile étonnant. Dès le départ, il annonce la couleur. « Commencement de l’Evangile de Jésus-Christ, Fils de Dieu ». Simple, concis, efficace : il s’agit du programme de ce qui va suivre. Ce faisant, Marc donne à ses lecteurs la clé de son histoire : la bonne nouvelle (« évangile », en grec) commence avec l’arrivée de Jésus le Messie (« Christ », toujours en grec), qui en fait est Dieu. Et ça, c’est de la révélation! Ça n’a l’air de rien, pour nous lecteurs du 21ème siècle blasés et biberonnés au dogme « Jésus-Christ, vrai homme vrai Dieu », mais cette clé de compréhension fera cruellement défaut aux personnages de l’histoire racontée par Marc : ils ne peuvent imaginer un être humain qui soit aussi Fils de Dieu ! Le bonnet d’âne va à ces pauvres disciples, qui n’entendront rien ou presque à la vraie identité de Jésus… Il faudra attendre quinze chapitres et un centurion au pied de la croix qui, l’ayant vu mourir, reconnaîtra en lui le Fils de Dieu.
En effet, quand on lit la suite de l’histoire, force est de constater qu’elle est plutôt discrète, la très attendue arrivée du Messie superstar… La « bonne nouvelle » qu’on nous promet n’est compréhensible pour le monde qu’après la mort tragique de Jésus : c’est ce qu’on appelle un ratage marketing d’une ampleur considérable, surtout quand on est Messie et Fils de Dieu, enfin !

Après le titre de son œuvre, Marc nous livre cette parole très forte : « Une voix crie dans le désert… ». On ne saurait trouver plus évocateur. Il y a d’abord cette voix, non-identifiée, dont on sait juste qu’elle crie : cri joyeux, cri impérieux, cri désespéré de la dernière chance ? Ensuite, le désert : à l’époque où Marc écrit, le désert évoque l’endroit où Dieu se retire, loin des nations dites païennes et elles-mêmes désertées – littéralement – par la présence divine. Il évoque aussi l’Exode des Hébreux hors d’Egypte et le retour de Babylone. Bref, le désert est l’endroit où Dieu rend possible un chemin de liberté, en l’occurrence, un chemin vers lui. Le contraste du cri débordant de vie et du lieu désolé et vide de toute présence humaine où il retentit présage un événement, une force créatrice qui saura instaurer un lien entre Dieu et les hommes qu’il veut rejoindre.

Alors ?

Alors, à l’instar tous les Avents, nous nous trouvons maintenant comme au début de l’évangile de Marc. Nous avons entendu que Jésus était Dieu fait homme : nous savons tout ça. Mais l’avons-nous réellement mesuré? Les disciples, qui étaient quand même supposés être au courant mieux que personne, montrent que ce n’est pas aussi facile de réaliser que Jésus, c’est Dieu parmi nous. Ainsi il est bon, en cet Avent, de revenir aux tout premiers versets de Marc, pour tenter un nouveau commencement dans notre vie spirituelle – et pas seulement un redépart dans une autre année. « Préparez le chemin du Seigneur, rendez droit ses sentiers » : voilà un programme qui peut occuper douze mois. Comment accueillir dans sa vie, toujours à nouveau, le Dieu fait homme ? Aurons-nous jamais fini de réaliser toutes les conséquences de cette bonne nouvelle qui nous a été annoncée ?

samedi 6 décembre 2014

Et si rien ne servait à rien?

Quel avantage l’homme retire-t-il de toute la peine qu’il se donne sous le soleil ? (Ecclésiaste 1,3)

Les jours tournent
Et rien ne bouge
Sinon pour s’en aller
Aux rides qui couvrent
Le regard et les mains.
Et si rien ne servait à rien ?
Et si de toutes façons
L’impasse était au bout de la rue
Avec ses poubelles
Débordant d’ordure ?
Je voudrais, j’attends
J’espère quelqu’un qui vienne me dire :
J’ai besoin de toi
Pour couler la tendresse
Dans le dur métal
Des jours qui tournent
Alors mes rides
Se changeraient en sillons d’amour !

Charles Singer (Saisons. Catéchèse et liturgies au rythme de l’année, Desclée, 1989, p. 14)

vendredi 5 décembre 2014

Une histoire de prénoms

Ils voulaient lui donner le nom de son père, Zacharie. Mais sa mère déclara : « Non, il s’appellera Jean. » (Luc 1,59-60)

Il devait s’appeler Zacharie, comme son père, et probablement comme son grand-père, et le père de son grand-père avant lui. C’est à ça que servent les traditions, n’est-ce pas ? On respecte ce qui a été fait et on évite de s’interroger sur le futur. Il ressemblera au passé, voilà tout.
Nous aimons ne jamais changer. Il faut bien que l’on puisse nommer, qualifier les choses et les gens qui nous entourent, non ? Alors, quel désordre si d’aventure l’idiot devenait perspicace, le bougon se mettait à sourire et le flemmard à travailler! Les petites habitudes, c’est important ; et si on met quelqu’un dans une case, c’est en général pour ne l’en jamais sortir.
Mais Elisabeth la mère de Jean, elle, a dit non. Elle a refusé d’appeler son fils « Dieu se souvient », et à ce prénom tourné vers le passé, elle a préféré un prénom plein d’espérance : « Dieu fait grâce ». Avant d’enfanter le prophète qui annoncera le pardon de Dieu, Elisabeth met en cause une tradition qui, finalement, n’aurait pas su dire la portée du signe que sera son propre fils. Ainsi, elle ouvre la brèche du changement.
Par le biais d’Elisabeth et de tant d’autres témoins, Dieu montre qu’il nomme comme il le veut et au mépris des habitudes.

jeudi 4 décembre 2014

Humbles témoins

Il vient derrière moi, celui qui est plus puissant que moi. (Marc 1,7)

L’Evangile de Jean a pour fil conducteur la Lumière, qui vient éclairer le monde en la personne de Jésus-Christ. Jean le Baptiste témoigne de celle-ci avant même que Jésus ne s’approche de lui pour être baptisé.
Aujourd’hui, nous ne sommes plus, comme Jean-Baptiste, au bord du Jourdain en Palestine. Nous vivons dans un monde élargi, dans lequel les hommes ont plus que jamais besoin d’un témoignage tel que celui du baptiste. Mais de quel témoignage parlons-nous ? Le premier témoignage qui nous est donné de lire dans chaque évangile se place sous le signe du retrait : « il vient, celui qui est plus puissant que moi ! », dit Jean le Baptiste.
Les témoins vivent leur existence de chrétiens humblement. Ils ne claironnent pas : ils s’effacent. Ils s’enracinent dans l’Evangile, d’où ils puisent leur sève et leurs fruits. A travers leur bienveillance et leur droiture, à travers leur foi transparaît l'autre Lumière.

mercredi 3 décembre 2014

Le vrai bonheur?

Qui donc aime la vie, et désire voir des jours heureux? (Psaume 34,13)

La publicité sait comment séduire : vous aurez des dents plus blanches et une meilleure confiance en vous avec tel dentifrice ; 5 kilos en moins et une vie plus épanouie grâce à ce régime miracle ; et en prenant telles vitamines, vous serez plus performants au travail, donc forcément plus appréciés ! Si des phrases lapidaires comme celles-ci sont susceptibles de fonctionner sur nous autres acheteurs potentiels, c’est qu’elles trouvent un écho en nous : le désir (légitime) d’une vie meilleure qui nous serait offerte sur un plateau.
Le trésor de nos ressources se trouve pourtant ailleurs. Il y a au-dedans de nous une volonté créatrice, de l’énergie cachée qui, aux heures les plus sombres, nous surprend parfois nous-mêmes. Celui qui veut affronter la vie doit y puiser le courage pour entreprendre et pour avancer.
Le bonheur ne se reçoit pas ni ne tombe du ciel. Il se découvre dans la difficulté des décisions à prendre et dans les choix parfois douloureux. Il n’est pas un cadeau venu d’ailleurs : c'est un cadeau que l’on se fait à soi-même. 

mardi 2 décembre 2014

Pour nous et avec nous


Où trouverons-nous dans un désert assez de pain pour rassasier une foule ?... Combien de pains avez-vous ? (Matthieu 15,33)

Rassasier une foule de 4'000 hommes – sans compter les femmes et les enfants – avec 7 pains et quelques petits poissons, c’est extraordinaire, sans aucun doute.
Mais pour accomplir ce miracle, Jésus commence par demander de l’aide : « Combien de pains avez-vous ? ». On est bien loin du faiseur de miracle charismatique qui fait l’étalage de sa puissance, écrasant les autres du haut de sa supériorité affichée.
Bien au contraire, Dieu ne fait rien sans nous. La multiplication des pains ne peut se réaliser que quand le groupe ose partager, quand quelqu'un est capable de donner. La multiplication des pains n’est pas seulement une affaire de nourriture qui prolifère, c’est surtout l’histoire de personnes qui se rencontrent.
S'approcher de Dieu les mains vides et tout exiger de lui sans donner ? Impossible. Dieu fait les choses pour nous et avec nous.