mardi 10 septembre 2013

Prédication : Habaquq 1,12-2,4 (Matthieu 13,24-32)

Je ne vais pas vous apprendre que l’injustice fait partie intégrante de notre vie à tous. Vous en avez certainement fait personnellement la douloureuse expérience. Sans compter que le monde tel que nous le présentent les journaux est plutôt déprimant: guerres, terrorisme, crise économique, et trahisons politiques en tous genres. Ce défilé continu de mauvaises nouvelles ne nous permet même plus de compatir avec le drame humain qui se joue derrière chacune d’elles.

Je me souviens, il y a quelques années, j’ai entendu une paroissienne dire : « Dans le Symbole des Apôtres, je n’arrive pas à formuler ‘Père Tout-Puissant’. Un Père devrait s’occuper de ses enfants. S’il est Tout Puissant, pourquoi laisse-t-il les uns maltraiter et les autres endurer ? » Cette question, la question du mal ou plus spécialement de l’injustice, n’est pas nouvelle. Bien au contraire. Elle est lancinante tout au long de la Bible. Dans le passage de l’Evangile de Matthieu que vous venez d’entendre, il est évident que les premiers chrétiens se la posaient également : comment se fait-il que nous vivions dans un monde où croissent les mauvaises graines ? Et surtout : que fait-on avec toute cette mauvaise herbe ? 
Certains ont interprété un peu rapidement la promesse du Royaume, comme elle nous est donnée dans la parabole de l’ivraie et du bon grain. Qu’importe si nous souffrons!! Qu’importent les difficultés!! Bientôt, elles ne seront plus qu’un mauvais souvenirs. Car Jésus reviendra bientôt, et tout rentrera dans l’ordre, et nous serons enfin heureux puisque nous le méritons, évidemment. D’ici là, serrons les dents, attendons tranquillement, et surtout, surtout ne faisons pas trop de vagues.
Personnellement, cette réponse à l’injustice ne me satisfait pas. Au contraire, elle me fait désespérer ! De ce point de vue, j’ai l’impression que le mal est une fatalité, que mes actes n’y changeront rien ; en d’autres termes, j’ai l’impression que mon existence n’a aucune valeur ici-bas.

De mon côté, je préfère relire la promesse du Royaume à la lumière du texte d’Habaquq que nous venons d’entendre. 
Dans cet extrait, le prophète prend Dieu à partie, de manière très vive, presque passionnée. Il faut savoir que ce texte fait état d'un contexte difficile : à la fin du 7è siècle avant Jésus-Christ, les Babyloniens prennent possession de tout le Proche-Orient. Les judéens sont donc aux prises avec une armée conquérante, qui amène avec sa suite interminable de malheurs, et qui provoquera, quelques années plus tard, la chute du Royaume de Juda. 
Face à cela, Habaquq dénonce la passivité de Dieu avec des mots très durs : "Toi Seigneur qui as créé l’homme à ton image, vois ce qu’il est devenu : une masse grouillante ! Un tas de poissons ! Est-ce là ton
projet pour ta création ?? Vois ton peuple à la merci de ces envahisseurs ! Est-ce là ton instrument pour nous punir, ces idolâtres qui adorent leurs armes plutôt que de t’adorer toi ??" En fait, Habaquq est perplexe, car tout ce qu’il pensait savoir de Dieu, un Dieu qui viens au secours de son peuple opprimé, un Dieu qui avait un projet pour l’histoire du monde… bref, tout ce en quoi il croyait est mis à mal par ce qu’il voit autour de lui. 
Certes, Habaquq n’est pas le seul, dans l’Ancien Testament, à crier son incompréhension face aux évènements. On peut penser à Job, Jérémie, ou à certains Psaumes, notamment. Mais ce passage en particulier est spécialement intriguant pour deux raisons.

D’abord, l’attitude même d’Habaquq n’est pas celle de la résignation, du fatalisme. Bien au contraire ! Son indignation le conduit à endosser le rôle du prophète-
sentinelle. Tour de garde, gardien, guetteur, il choisit de s’impliquer dans le monde au nom même du Dieu d’Israël. Le prophète guetteur est une expression courante dans l’Ancien Testament : il se place sur une hauteur, pour voir le peuple en son entier, pour voir le danger qui menace ; ainsi, il peut sonner l’alarme, et rappeler à tous ce qu’il a le devoir d’annoncer : revenez au Dieu d’Israël, qui est une aide pour vous. 

Et justement, ce Dieu d’Israël... Au pourquoi d’Habaquq, il donne une réponse plutôt étrange, et a priori, carrément à côté de la question. En effet, il n’offre aucune réponse rationnelle au « pourquoi » du mal. A la place, il ordonne au prophète de graver sa vision. Incompréhensible ? Pas tant que ça ! S’il demande que son projet soit gravé, c’est pour qu’il subsiste un témoin que Dieu l’avait bien promis, au moment où ce projet se réalisera. Il s’agit d’un contrat, en quelque sorte, entre lui et son peuple. 
Mais la réponse serait très incomplète sans la sentence qui a été reprise mainte fois par la tradition : « le juste vivra par sa fidélité ». Vous avez certainement entendu cette formule de nombreuses fois : elle est reprise par Paul, elle est un pilier de la Réforme protestante. Que signifie-t-elle à cet endroit précis ? Il y a un instant, Dieu a rappelé à Habaquq qu’il s’engageait pour les siens ; il rappelle à présent qu’il revient aux hommes de compter sur lui, et même plus, de vivre par lui. La vie de l’homme juste est donc fondée par la fidélité au Dieu juste, et cette fidélité est rendue possible par la certitude que Dieu s’est engagé pour lui.

Ainsi, le silence de Dieu se transforme en une invitation à espérer et à patienter. Le prophète s’en trouve bousculé, et nous avec lui ! Là où nous attendons un dieu bavard, interventionniste et bouche-trou, Dieu, lui, s’échappe, et nous renvoie à nos priorités. Nous ne pouvons donner du sens à l’injustice et au mal que nous subissons ; mais Dieu nous rappelle que cheminer dans la foi, cela signifie aussi que nous n’avons pas d’autre assurance que celle d’avancer dans la confiance. 

Mais est-ce que cela veut dire qu’il bat en brèche l’engagement du prophète pour le monde ? Bien au contraire ! La fait de vivre par la fidélité fonde l’engagement actif. Bien loin de nous enfermer dans un attentisme béat, la fidélité à Dieu suppose une éthique de vie aux prises avec la réalité. En tant qu’Eglise, en tant que paroisse, en tant qu’individu, nous sommes appelés à être des tours de garde, des observateurs critiques, et encore, cela ne suffit pas : nous sommes appelés à nous engager sans relâche pour la justice autour de nous ! 
C’est ainsi que je conçois le Royaume de Dieu : encore à venir, mais pourtant, à cultiver incessamment.

A nous chrétiens, il incombe la tâche de prendre soin du champ en s’accommodant des mauvaises herbes, puisqu'au milieu de l’adversité, nous savons discerner, même dans les gestes les plus minuscules et les paroles les plus insignifiantes, la promesse d’un monde renouvelé.

Amen.

Prédication pour le culte du 27 janvier 2013 à Lutry

Prière d'intercession


Mon Dieu, de tout mon cœur, de toute ma force, en toute confiance et abandon, je me tourne vers toi aujourd’hui,
comme ton enfant, sûr de ton Amour.

Toi qui m’as créé, toi en qui je suis, toi qui es source d’amour en moi,
j’accepte d’être en toi, de vivre de toi, de me confier en toi.

Je refuse le mal et ce qui conduit au mal. Je ne désire que toi et ce qui vient de toi.

Seigneur Jésus Christ, toi en qui je suis créé, toi qui me portes comme ton enfant, viens me chercher, viens me révéler à moi-même, viens me sauver.

Je te remets toute ma personne. Libère en moi ton Esprit Saint, libère en moi la Vie, l’Amour, la Force et la Paix.

Apprends moi l’humilité et la docilité de cœur.
Apprends moi à te connaître et à te suivre.

Seul, je suis faible. Fais moi entrer en ton Peuple,
le Peuple que tu as fondé et que tu habites pour le salut du monde.

Fais-moi travailler à ce que je suis fait pour révéler ton nom et pour te faire connaître. Aide-moi à aimer.

Car, avec tous ceux qui voient aujourd’hui sur cette terre venir le Monde Nouveau, je veux œuvrer à ta venue entière, en mon cœur, dans les autres, et dans le monde.

Amen.

Anonyme (Trouvé dans Vie & Liturgie)