mardi 9 octobre 2012

dimanche 2 septembre 2012

Prêcher l'Ancien Testament... Pourquoi?

Nous sommes tous un peu marcionites...
Marcionites de fait, pour être exacte. En général, nous allons à l'Eglise pour entendre les textes du Nouveau Testament (i.e. les Evangiles et certaines Epîtres), ainsi que quelques chapitres de l'Ancien (Genèse 1, les Psaumes 23, 121 ou139, éventuellement Job aux enterrements...).
Sur un corpus aussi impressionnant que l'Ancien Testament (929 chapitres pour 23212 versets, tout de même...), vous admettrez que ce n'est pas beaucoup.

Et pour cause! Il s'agit là d'une réelle difficulté.
Premièrement : ce corpus semble tellement loin! Loin de nous, loin de nos préoccupations... Loin de notre foi! A quoi bon lire les textes de lois, si l'apôtre Paul s'oppose violemment à leur application? Que signifie pour nous chrétiens l'histoire souvent sanglante d'un peuple alors même que nous n'y sommes plus lié charnellement mais spirituellement? Quel crédit donner à des textes écrits il y a plus de 2000 ans?
Deuxièmement, le Nouveau Testament, par la révélation extraordinaire dont il témoigne, ne se suffit-il pas à lui-même? N'éclipse-t-il pas tout ce qui le précède en recentrant notre vision du monde, de l'homme, de Dieu sur la personne du Christ?

Le seul truc, si j'ose dire, c'est que l'Ancien Testament fait toujours partie du canon. Mieux : il n'a jamais été question, historiquement, de lire les Evangiles ou les Epîtres indépendamment de lui (il faut parler ici d'un "lien organique", visant à compléter un ensemble de textes – presque – établis par une révélation nouvelle).

Donc...
Horst Dietrich Preuß propose une solution intéressante à cette épineuse question : les modèles de foi qui sont ceux des chrétiens depuis Jésus-Christ à jusqu'à nos jours sont tous issus de l'Ancien Testament. Il n'est pas possible, donc, de comprendre la foi chrétienne sans lui. Pour preuve : la crucifixion n'est-elle pas éclairée par les quelques mots du Ps 22 que certains évangélistes ont placé dans la bouche de Jésus? Ne comprendrions-nous pas différemment ce passage essentiel de notre histoire sans cela?
Dans cette perspective, le Christ ne représente pas un renouveau, mais le paroxysme de la foi vétéro-testamentaire, accomplie par lui... Et dès lors, à travers lui.

Cependant, il est nécessaire de compléter le tableau.
Un christianisme mal embouché (si vous me passez l'expression) risque de graves dérives. Pour se démarquer en tant que chrétien, spécialement par opposition au judaïsme, on risque de spiritualiser le message fondamental de la Parole. Et de rejeter le monde, dont le défaut majeur est qu'il est sur-représenté dans l'Ancien Testament. (C'est là une tendance que condamne Bonhoeffer.)
Une lecture "interractionnelle" de la Bible permet de s'éloigner de tels écueils. Prendre en compte l'Ancien Testament, en vis-à-vis du Nouveau, c'est accepter "l'amour de la terre" (Bonhoeffer) et replacer l'agir chrétien dans le monde.

Qu'en conclure?
Prêcher l'Ancien Testament concrétise une foi qui risque d'être trop abstraite pour être efficace. L'histoire du peuple d'Israël dans notre canon rappelle qu'être chrétien, c'est être aux prises avec le monde dans tous ses aspects, les plus abjects comme les plus éblouissants. Aussi, la foi du croyant de l'Ancien Testament enseigne que notre relation avec Dieu, si elle se veut saine, comporte de la colère, du chagrin, de la déception et de l'incompréhension, mais aussi de la joie, de l'adoration... et de la confiance. Et pas de la confiance conceptuelle!


 Rembrandt "Jérémie se lamentant sur la destruction de Jérusalem"



A lire : H. Mottu "Comment prêcher un texte de l'Ancien Testament?", in G. Theissen et alii, Le défi homilétique, Genève, Labor et Fides, 1993. (Article ayant largement servi de base pour ce post)